Rosetta 2.0

Rosetta 2.0 is a collection of laser-engrased concrete tablets.
The tablets feature texts written by young refugees from the Notre-Dame shelter (Carros-Village 06510). They tell the story of their journey, their dreams and their vision of life in different languages, which they carry with them like travel bags from their point of departure. These multiple writings highlight the geographical points where languages meet, where cultures embrace each others and words are exchanged like precious and sensitive objects.
A huge thank you to all the young people at the Notre-Dame shelter in Carros-Village and to the entire team for allowing me to create such a piece (other elements of which are still in progress).
Thank you to Image Clé for giving me access to these workshops as part of the Rouvrir le Monde 2023 programme.

Rosetta 2.0 est une série de tablettes en béton gravées au laser.
Les tablettes comportent des textes rédigés par les jeunes réfugiés de la maison d’accueil Notre-Dame (Carros-Village 06510). Ils y racontent leur périple, leurs rêves et leur vision de la vie dans différentes langues qu’ils transportent comme des sacs de voyage depuis leur point de départ. Ces écritures multiples mettent en lumières les points géographiques de rencontres du langage, où les cultures s’embrassent et les mots se troquent tels des objets précieux et sensibles.
Un immense merci à tous les jeunes de la maison d’accueil Notre-Dame à Carros-Village ainsi qu’a toute son équipe de m’avoir permis de réaliser une telle pièce (dont d’autres éléments sont encore en cours de réalisation).
Merci à Image Clé d’avoir pu me permettre d’accéder à ces ateliers dans le cadre du programme Rouvrir le Monde 2023.

Ci-dessous // Below : Rouvrir le Monde 2023, writing workshop

REST IN BIC


Je vais essayer de ne pas être beauf.
Je vais essayer de ne pas être beauf, parce que pendant que j’écris ces lignes, des êtres humains manquent de nourriture, d’eau ou d’un toit ; et que le ciel de leurs nuits est consumé par le nuage ocre de la guerre.
Non, Je vais essayer de ne pas être beauf, car pendant ce temps, moi, j’écris un texte sur ma bagnole qui va partir pour la casse, que ça me fait de la peine, mais qu’au fond, ce n’est pas très grave. En 2021 j’achète une voiture, une Citroën Saxo édition BIC (qu’on nommera ici «la BIC»), comme ça, un peu sur un coup de tête, un peu pour aller voir ailleurs si j’y suis. Apparemment, ce modèle de véhicule aurait été nommé comme cas d’école en études de commerce, comme la plus mauvaise collaboration entre deux marques.
Quelle chance ; je n’ai jamais eu la moindre envie d’apprendre ou de faire du commerce. Je ne pensais pas alors, fumer le bitume des routes de ce monde sur autant de kilomètres à bord de ce pot de yaourt. Une citadine, moteur 1L1 : mon palace de ferraille grinçante, qui vaut bien tous vos SUVs de sénateurs, parce qu’on n’en a rien à carrer de la clim et de vos options, parce que tout ce qu’on veut, c’est rouler sur des départementales, dormir dans les champs, au bord des rivières, et oublier un peu les merdes du quotidien en tirant le frein à main dans des décors qui ne sont pas les nôtres…

Je me réveille au bord d’une rivière slovène, un beau matin d’été, aux côtés de Vince, dans la tente et d’Élie qui a claqué des genoux toute la nuit dans son hamac. On a garé la BIC dans la forêt juste derrière, comme si on avait voulu qu’elle profite un peu de la fraîcheur des arbres et du feu de camp avec nous. Vince se fout de ma gueule parce que je mets le cligno par réflexe en la sortant des buissons. Des araignées et insectes en tout genre ont déjà élu domicile dans l’habitacle.
On retrouve le bord de route. Un café sur le réchaud, trois chips et un morceau de pain : ça ne fait pas de nous les rois du petit déj, mais c’est suffisant pour reprendre la route en direction de la Serbie.
Quelques centaines de kilomètres plus tard, on se retrouve à l’entrée d’un petit village Croate à la frontière, car en plus de ne pas être les cadors du petit déjeuner, on n’est pas non plus touchés par la grâce en matière d’orientation.
Dans le bled, on ne croise pas un chat, pas une âme qui vive, hormis un ancien Croate, probablement massacré à la gnôle, chemise ouverte et canette à la main, qui nous regarde passer en silence.
Désert.
Seul le petit moteur de la voiture ronronne.

On tombe un peu plus loin, au niveau de la sortie du village, sur un petit bois de pins fatigué par la chaleur et le soleil. Après avoir garé la voiture à sa lisière et s’y être enfoncés quelques mètres, s’ouvre devant nous un bras du Danube brun et sombre avec, sur la berge, une vieille cabane en bois qui semble être figée dans le temps. Toujours personne.
Sur le perron traînent une salière, quelques cadavres de bouteilles et un peu d’huile d’olive. Ce sont les reliques de ce lieu fantomatique dont le gardien imaginaire dort sans doute plus bas, dans le lit de la rivière.
Le temps de se faire griller 3 ćevapi, on décide de se baigner ou plutôt de se laver un bon coup dans le cours d’eau. Ce n’est pas luxueux, il faut le dire, mais est-ce qu’on n’en a pas rien à foutre des pommeaux de douche dorés lorsque l’on prend un bain dans le Danube en admirant les rives de la Bosnie Herzégovine ?
Sur le retour, en continuant vers la Serbie, on passe par le même village qu’auparavant.
Toujours Personne.
Personne, hormis le même vieux Croate, probablement massacré à la même gnôle, la même canette à la main, qui nous regarde passer dans le même silence.
Seul le petit moteur de la voiture ronronne.

Cet été avec Marine, on décide de faire un tour de France des grand mères, parce qu’on les aime, que la campagne c’est cool, et que l’être humain n’est pas éternel.
Joyeuses, Croq et Fougilet-en-Puisaye. Des noms pas très parlants tant il y a de trous perdus en France, mais dont chaque français connaît le sien et le conserve comme un petit secret dans une boîte à souvenirs.
À l’entrée de Joyeuses, j’écrase la pédale de frein devant un portail que je n’ai pas vu depuis longtemps. C’est le cimetière ; mon grand père y repose, et je n’ai pas poussé l’entrée depuis 10 ans.
Je cherche alors étienne entre les blocs de granit et fini par tomber sur son nom. En plus du bouquet que ma grand mère a dû déposer là quelques jours plus tôt, des fleurs sauvages ont poussés sur la pierre.
Je reste un peu, immobile.
ça fait bizarre.
ça fait du bien.

On passe le soir chez ma grand mère paternelle, Maryse, qui nous raconte les histoires de la vie d’avant, photos à l’appui. Sa parole fait comme un plumeau, qui en balayant le voile de poussière posé sur les clichés, laisse entrevoir des visages et des destins appartenant à un monde lointain, flou et inaccessible.
Le lendemain, on reprend la route pour faire un crochet à Saint-Privat-d’Allier avant de rejoindre la Creuse pour voir quelques collègues, prendre un peu l’apéro et histoire de citer un autre nom de village perdu dans ce texte.
En arrivant, je gare la BIC près de la rivière, dont le ventilateur fait le bruit d’un aspirateur de chantier rempli de gravats.
On passe l’après-midi à chasser l’écrevisse américaine les pieds dans l’eau. Faxonius limosus, une sorte d’écrevisse qui détruit les espèces autochtones depuis son introduction en Europe en 1880, prolifère, et fait chier une bonne partie de la faune… comme pas mal de trucs qui portent l’adjectif «américain» finalement.
Début de soirée : la rivière est fraîche, pas comme nous après le morceau de buvard qu’on vient de se mettre dans la gueule. Pendant un moment, le soir s’étire. Nos discussions interminables et nos rires se perdent dans les flammes du feu de camp et le ciel nocturne.

Arrivés à Croq le lendemain en fin d’après-midi, on passe chercher ma grand mère (maternelle cette fois) pour déjeuner dans un vieux rade de campagne. Un faible soleil transperce les carreaux poussiéreux des fenêtres et éclaire avec douceur les sets de table en papier. Quelques chiens traînent dans le hall, d’autres sont couchés au sol. Les moustaches que portent les tontons charpentés du coin me font un effet bien différent de celles que portent les buveurs de matcha-lattés connus de nos centre-villes. Dans leurs grosses mains calleuses, sculptées dans la pierre, les verres de vin passent pour des tasses à cafés, les pichets de 50cl des mugs du bureaux.
Quand je regarde ma grand mère, Dominique, 99 ans ; je vois l’histoire, celle avec un grand H. Sa peau fripée fait comme du parchemin. Les veines violettes qui traversent ses mains me font penser aux vielles routes d’autrefois, avec la BIC on aurait pu y rouler des heures entières. Ma grand mère, elle regarde dans le vide. Mais pas parce qu’elle est ailleurs, non, parce qu’elle regarde le passé rouler vers elle en forme de vagues et disparaître lentement sur le rivage du présent.
Au moment ou j’écris ces lignes, elle n’est plus là. Mais je sais qu’elle réside dans les nuages, dans le bruit du vent qui secoue les feuilles du tilleul, dans l’eau salée.

Direction la Bourgogne. Depuis la Creuse, ça fait comme un grand tout droit dans la diagonale du vide. Je vois la vie rurale de mon pays à travers le pare-brise : des paysages bucoliques, des vaches, des vieilles bâtisses qui s’affaissent dans l’herbe et de nombreuses banderoles : «Désert médical, URGENT, recherche médecin pour travailler dans la région».
La BIC commence à faire un drôle de bruit, surtout dans les virages. On aura beau l’ignorer : depuis quelques heures de route, ça sent pas très bon cette affaire.
Arrivés chez Mauricette, la grand mère de Marine, on prend un peu le temps de se reposer. Elle écoute nos bavardages en silence ; le silence des sages, le silence des anciens. Un silence particulier et puissant, qui dit qu’ils savent déjà, qu’ils connaissent tout ce qu’on raconte, à leur manière, et qu’ils n’ont pas besoin d’en rajouter d’avantage.
Ce silence, c’est aussi celui que nous offrent les tableaux de la Puisaye, parsemés de bâtiments abandonnés et des châteaux en ruines qui renferment des spectres, sortis de la tourbe et de l’humus.

Je passe la tête sous le store de l’entrée et arrive dans l’atelier où ça sent la graisse, le tabac, et le métal chaud. Tous les mecs roulent les R. Sur la table centrale se trouve une bouteille de Clan Campbell, débouchée. Comme il est 9h10, je prie pour qu’elle ait été débouchée la veille, ou même l’avant veille et que le bouchon posé à l’envers près du cendard ne soit que le fruit d’un oubli de la part du propriétaire.
Le garagiste A, indique au garagiste B qu’il s’agit du «cardan».
La voiture c’est très simple : on ne connaît pas son fonctionnement ni le nom des pièces jusqu’à ce que l’une d’entre elles casse, et là, on apprend à bien s’en rappeler à grand coup de pioche dans le portefeuille.
S’ensuivent ces mots :

Garagiste A : C’est le cardan.
Garagiste B : Hmmmmm…
Garagiste A : Il faut le changer.
Garagiste B : Hmmmgrlmmmbr…
Garagiste A : Ils doivent rentrer jusqu’à Marseille !
Garagiste B : Grlmmmgrlmmgrrrr !

Il faut noter que c’est dans le ton et les douces inflexions de la voix de la dernière réponse du garagiste B que j’ai compris que la suite de l’aventure allait être une belle galère. Comme on doit partir le lendemain et qu’il faut pas rêver : les mecs du garage ne pourront pas trifouiller la BIC avant la semaine prochaine, on se jette ; on la tente.
L’idée c’est de faire Fougilet-Marseille avec le cardan qui grince au moindre coup de volant, et franchement, en théorie, on n’a qu’a rejoindre l’A7 en serrant les fesses et ensuite ça ne sera que du tout droit… En théorie.
La fameuse pièce cassera épuisée, quelques centaines de kilomètres plus loin, dans un parking dans le Var. Là où des anglais déjà cramoisis se font rôtir sous le soleil entre les restos à moules frites, le rosé qui pique et les pins parasols.

En août 2021 je traverse la France depuis Marseille pour me rendre à Toulouse, Anglet, puis enfin Narbonne avant de rejoindre l’Espagne. Comme j’ai un peu le seum à cette époque à cause de deux trois conneries qui affectent ma vie, je suis parti bien loin à bord de la BIC pour trouver des trucs à faire, du genre, regarder comment les fleurs poussent à l’autre bout du pays, trouver des trésors sans valeurs au bord de la route (comme la vieille grille de barbeuc qui est restée pendant 3 ans dans le coffre), nager dans l’océan ou boire à en perdre raison sur les toits de Barcelone.
À Toulouse, je croise une vieille amie avec qui on décide de faire un bout de chemin ensemble direction l’océan. Le 12 août, on fait une pause près d’un bled dans le Gers dont le nom m’échappe. Comme on a tous les deux envie de pisser, on s’enfonce un peu sous la cime des arbres d’un grand terrain derrière une église. S’ouvre alors, comme une balafre jaune dans le paysage forestier, un champ de tournesol bien fourni. On le regarde un moment, et comme il me fait penser à une dune, je m’imagine fouler ce tapis d’or qui ondule et fait des vagues dans le vent d’été.
Ça fait du bien de penser à ça.

Alors 4 ans plus tard, en écrivant ce texte, je me projette de nouveau et rêve que je foule le champ pieds nus, façon Yannick Noah en concert. Et dans mon rêve, j’y tape des pointes dans les vallons jaunis de la dune de tournesols derrière l’église de la départementale «truc», où l’on s’était arrêtés une fois pour faire une pause et pisser un coup.
Le temps d’un bref passage sur la côte basque, je fais quelques tags et graffs sur des rond points. Le chrome tiendra quelques années avant d’être nettoyé par le sel, les embruns et le soleil. Je poursuis alors ma route pour me rendre chez un pote qui habite pas très loin du dernier endroit où j’ai passé la nuit. Comme il a chopé le covid, il ne peut pas vraiment m’accueillir, et je passe la nuit en position fœtale sur la banquette arrière de la BIC. C’est inconfortable, j’ai froid, mais j’ai aussi l’impression de passer un moment privilégié avec mon véhicule.
C’est très étrange, cette faculté que l’on a, nous autres humains rêveurs, à personnifier les objets, à leur donner corps, structures et âme, au point d’en éprouver des sentiments.

Cette nuit je rêve que le moteur de la BIC ronfle tout doucement, comme si je m’étais endormi près d’un petit animal protecteur.

C’est l’histoire de trois belles merguez.
Ces trois belles merguez (comme on dit) arrivent à Belgrade à bord de la BIC en fin d’après-midi après avoir avalé une grosse partie d’autoroute Croate dans un habitacle sans clim. Nos trois protagonistes se garent dans une petite rue du centre où des bâtiments vétustes et des terrains vagues jouxtent les enseignes neuves d’une ville en plein essor.
Nos trois petits futés décident que :
«Étant donné qu’on a des plaques françaises, aucun risque de recevoir une amende de stationnement. Donc aucune nécessité de foutre le moindre dinar dans le parcmètre».
Nos trois bons gros fatigués poursuivent alors la soirée dans le cœur de béton de la capitale Serbe. Les esprits s’échauffent et se dispersent entres rasades d’alcools divers, photos de buildings défraîchis et multiples tags réalisés histoire de laisser une trace de l’euphorie de l’instant.

3h00, nos trois sardines se séparent : l’une rentre se coucher tandis que deux autres poursuivent leur frénésie de peintres rupestres. Une heure plus tard, après avoir couru sur quelques pâtés de maison, tout le monde finit par rentrer se coucher et activer le mode tronçonneuse du sommeil des êtres bien abreuvés.
11h. Dans la petite rue, nos trois merguez font bien moins les fiers. Outre le fait que le mal de caboche général laisse peu de place à une réflexion constructive : la BIC n’est plus là. Par chance, la serveuse du bar le plus proche les aide à contacter la, ou plutôt les fourrières potentielles où la voiture pourrait se trouver. Après une grosse suée dans la ville, une rencontre avec des policiers Serbes forts désireux de leur casser la gueule et une amende de 5000 dinars, nos trois compères les trompettes finissent par remettre la main sur leur véhicule de voyage.
Moralité : il faut toujours mettre un dinar dans le parcmètre.

Un soir je me fais un tête à tête avec la BIC. Je charge le coffre d’un peu de peinture, la plage arrière de mon échelle télescopique et la boite à gants d’une canette dorées, symbole d’une marque de bière que j’affectionne tout particulièrement.
Je pars peindre un spot à la sortie d’un skatepark atteignable qu’avec l’aide d’une échelle. Un peu de bleu, un peu de rouge, un peu de bière. Ça fait un beau mélange ; ça fait une jolie pièce. Comme l’atmosphère est au calme et que personne ne semble vouloir me faire dégager ni me mettre les fers, j’y ajoute un petit personnage souriant, qui esquisse probablement le même sourire que moi après l’ouverture de la deuxième canette.
Plus tard, je me gare près d’un tunnel. Toujours avec la même échelle, je tartine le mur avec tout ce qu’il me reste de bleu dans le pot. D’où je suis, personne ne peut me voir. Une voiture fenêtre ouverte s’arrête à quelque mètres. J’entends un son d’Earth, Wind and Fire dans le véhicule, ce qui est assez surprenant pour l’époque, mais qui a raison de me faire sautiller sur place le rouleau à la main.
Une fois fini je remballe tout. Il est déjà bien tard mais je n’ai pas vraiment envie de rentrer chez moi. C’est étrange. Alors je remonte les rues pour aller me garer dans les hauteurs de la ville.
J’ouvre le coffre et me fais une place de choix devant le spectacle lumineux que m’offrent les immeubles fatigués de la cité Phocéenne.
ça fait un peu poète maudit. Je sais.
Mais ça fait aussi du bien de toiser un peu ces jungles de bitume dans lesquelles on est allés s’entasser comme des étudiants en école de commerce à l’entrée d’un nouveau resto à concept.

Il y a eu aussi la fois ou j’essayais de me garer vers 2h00 du matin dans une place clairement trop petite pour la BIC. J’avais une équipe de 6 personnes à bord. En forçant un peu j’ai réussi à introduire le nez de la voiture entre un poteau et le trottoir. Il a fallu soulever le vélo qui y était attaché. En passant par dessus le capot, la pédale l’a profondément rayé. Ça a laissé comme un grosse plaie béante témoin de la bêtise.
Y’a aussi le coup où on est montés en soirée avec Vince après avoir avalé un peu de route pour se faire recaler bien fort à l’entrée à cause d’une canette de peinture mal dissimulée sous la veste.
Y’a eu la fois où avec Nono on a transformé le coffre de la BIC en comptoir, supplément planche de charcuterie, histoire de jeter maladroitement trois Obuts dans la terre sèche.
Et aussi toutes les fois où on a traversé Port-Saint-Louis-du-Rhône pour rejoindre les freight et la ferraille…

Ce dimanche, en rentrant de la plage avec Marine, sur la bretelle d’autoroute qui part de Bandol en direction de Marseille, j’entends un drôle de râle sous mes pieds qui n’indique rien de bon.
En passant la 5ème, j’ai l’impression d’accélérer dans le vide. La 4ème me permet de reprendre un peu de vitesse, mais on est loin du grand prix de Monaco.
Je recommence.
5ème.
J’ai du mal à monter à plus de 90km/h.
Si vous qui lisez ce fanzine, êtes connaisseur, vous avez déjà compris que je suis en train de flinguer mon embrayage. Et cela pour la deuxième fois en 3 ans.

Arrivé au garage, le diagnostic est rapide, précis et brutal. Une fuite d’huile dans le réservoir a encrassé l’embrayage qui a fini par rompre.
Au fond de la pièce au dessus de l’établi, est accroché fièrement un Gwenn ha du, fait rare chez un mécano Marseillais. Une fois le tarif annoncé et au regard de toutes les interventions dont a déjà fait l’objet ma pauvre BIC, me vient l’envie d’aller me jeter une bonne quinzaine de bolées de cidre.
Vu qu’elle roule encore, je décide plus tard dans la semaine de la peindre. J’écris son histoire sur la carlingue, en grosses lettres noires à la glycéro. Cette peinture que je dépose sur le métal, c’est sa tunique mortuaire. Un tissus fait de souvenirs de voyage, de galères sur la bande d’arrêt d’urgence et d’amour.
OUI. D’amour.
Je racontais plus haut l’étrange relation entre les humains et les objets. Quelle étrange et pourtant si banale coutume que de leur donner une âme. On les possède, on les chérit, on les aime pour certains. Et d’un coup, la matière inerte qui les compose prend vie. On leur donne des noms, on s’en occupe, on les nettoie et on en prend soin…
Et voilà que l’Homme se retrouve d’un coup au même rang que l’objet. Au même rang que la matière.
Et il devrait d’ailleurs en faire de même avec les arbres, les rivières, les poissons.
Avec la neige, le vent, les nuages.
Avec les forêts, les biches et les insectes.
Avec la roche, le sable et la poussière.

J’avais promis de ne pas être beauf, mais putain. Elle va me manquer ma BIC.
Elle, sa carrosserie grise et toute cabossée ; son vieux moteur ; ses sièges que je n’ai jamais nettoyés ; ses ceintures de 4 couleurs différentes comme dans un stylo BIC 4 couleurs ; ses freins un peu lâches ; l’os de poulet qu’un rat qui a passé la nuit dans le capot a laissé sur la batterie ; sa portière gauche avec laquelle la clef ne fonctionne pas…

Elle.
Et tous les souvenirs qui vont avec.

C’est pour toutes celles et ceux qui ont envie de rayer une Tesla en la voyant passer, qui serrent les fesses quand les sous de l’assurance sont débités ou quand une prune est glissée dans la boîte aux lettres.
Pour les voleurs de sandwichs et autres friandises dans les stations service, parce que se faire dépouiller à la pompe et à la caisse ça fait beaucoup.
C’est pour tous les week-ends improvisés et les pic-niques qui ont pris chaud dans le coffre.
C’est pour tous les kilomètres roulés au crépuscule boule en flamme rouge dans le rétroviseur.

Dans les entrailles du bitume et dans les casses,
Sur les routes,
Maintenant, partout, pour toujours,
REST IN BIC.

Image voiture :
Les Bonnes Manières https://www.instagram.com/lesbonnesmanieres_officiel_/

Källskär’s story, 2 weeks of loneliness on an Island

En mai 2024 j’étais convié dans une résidence de création un peu particulière. Au large de la Finlande, dans l’archipel d’Åland , je m’apprêtais à passer deux semaines seul sur l’île de Källskär pour bosser sur mon projet de livre typographique. Plus qu’une simple résidence, Källskär à été pour moi une véritable expérience.
Le texte qui suit (et j’aurais à cœur de revenir sur ce point à la fin), n’est pas une incitation au tourisme de masse qui, alimenté par des stories instagram, est destructeur de paysage, de sites anciens ainsi que de vies de quartier et de villages.
Voyager à la rencontre de l’inconnu est enivrant, important. Aussi faut-il savoir le faire en prenant soin des lieux qui nous accueillent. Faire de nos découvertes un projet, appréhender des endroits le carnet entrouvert et prendre quelques notes ; prendre le temps de se jeter quelques croquis. Voici quelques idées lancées, juste comme ça, pour essayer de faire les choses différemment mais peut être plus consciencieusement…

In May 2024 I was invited to take part in a rather special creative residency. Off the coast of Finland, in the Åland archipelago, I was preparing to spend two weeks alone on the island of Källskär working on my typographic book project. More than just a residency, Källskär was a real experience for me.
The text that follows (and I’ll come back to this point later) is not an incitement to mass tourism, which, fuelled by Instagram stories, destroys landscapes, ancient sites and the lives of neighborhoods and villages.
Travelling to meet the unknown is exhilarating and important. So we need to know how to do it while taking care of the places that welcome us. Turning our discoveries into projects, apprehending places with a notebook half-open and taking a few notes, taking the time to throw few sketches. Here are a few ideas, just thrown out, to try and do things differently but perhaps more conscientiously…

Jour 1
Départ de Mariehamn pour Långnäs, où je trouverai un bateau pour m’emmener à Kökar. Arrivé à destination, le petit port surgit d’entre les pins. Les travailleurs du lundi s’affairent à bouger les grosses carlingues rouillées de leurs navires, pour y faire embarquer camions, caravanes ou vieux tracteurs. Je grimpe à bord du Gudingen vers midi. Il me guidera à travers l’archipel où la terre semble avoir été émiettée par les mains du temps. Plus l’on s’enfonce dans le tas de miettes, plus les passager débarquent, et plus nous sommes seuls à bord. Stig (the Island keeper) me récupère à Kökar, le dernier bled flottant desservi. Il me guide alors sur une barque à moteur à travers ce qu’il reste d’îlots où se cachent en secret des baraques de pêcheurs colorées et des pontons en bois qui tirent la gueule jusqu’à parfois finir dans l’eau. J’arrive à Källskär : mon bout de caillou à moi. La brise marine rappelle mon chauffeur au bercail et je me retrouve seul : robinson sans vendredi, Tom Hanks sans William. L’île est magnifique ; je fais un petit tour de courtoisie avant d’essayer d’allumer le sauna. Je galère un peu car il faut faire un feu et attendre que les pierres chauffent et comme je suis impatient : je m’y prends comme une brêle. 21h30 le soleil se couche et je me fais une bolognaise de premier choix à la frontale, ça commence bien.

Day 1
Depart Mariehamn for Långnäs, where I’ll find a boat to take me to Kökar. Once there, the little harbour emerges from the pine trees. Monday workers are busy moving the big rusty hulls of their ships, to load trucks, caravans or old tractors. I climb aboard the Gudingen around midday. It will guide me through the archipelago, where the land seems to have been crumbled by the hands of time. The deeper we go into the heap of crumbs, the more passengers disembark at each stop and the more we are alone on board. Stig (the Island keeper) picks me up at Kökar, the last floating village served. He then guides me on a motorboat across what remains of the islets where colourful fishermen’s houses are secretly hidden, and wooden pontoons are sometimes ending up in the water. I arrive at Källskär: my very own piece of rock. The sea breeze call my driver back into the fold and I find myself alone: Robinson without Friday, Tom Hanks without William. The island is magnificent; I make a courtesy visit before trying to turn on the sauna. I had a bit of trouble because I had to build a fire and wait for the stones to heat up, and as I’m impatient, I made a mess of it. At 9.30pm the sun went down and I made myself a first-rate bolognese with a headlamp, which was a good start.

Jour 2
J’aurais dû garder mon jogging cette nuit ; j’ai surestimé la température et j’ai pas super bien dormi. Le ciel est bleu à perte d’horizon et les timides bourgeons qui perlent sur les branches encore nues indiquent que je devrais de moins en moins me les peler. Je croise le Stig occupé à bricoler. Il me montre un cabanon d’où je pourrais checker mes mails. Petite sieste au soleil, je fais un rêve que j’oublie à l’instant où j’émerge. Je me remémore la traversée d’hier, ça me fait penser à Rayman The Great Escape sur N64, la zone du bayou… Je sais pas pourquoi… Sacrée ambiance. Un vent glacial vient de se lever et le brin de réseau que j’ai réussis à attraper m’indique qu’on est pas loin du 0 en terme de ressenti ; j’avais tort pour les bourgeons. J’essaie donc de renouer avec mon collègue le sauna pour me réchauffer un peu.

Day 2
I should have kept my tracksuit on last night; I overestimated the temperature and didn’t sleep very well. The sky is blue as far as the eye can see and the faint buds on the still bare branches indicate that I should be cold less and less. I come across the Stig busy tinkering. He shows me a hut where I can check my emails. I take a little nap in the sun and have a dream that I forget as soon as I emerge. I remember yesterday’s crossing, it reminds me of Rayman The Great Escape on the N64, the bayou zone… I don’t know why. Quite an atmosphere. A bitterly cold wind has just picked up and the bit of network I’ve managed to catch tells me we’re not far from 0 ; I was wrong about the buds. So I try to reconnect with my boy the sauna to warm me up a bit.

Jour 3
SAUNA PERKELE (*Sauna bordel ! en finnois) ! J’ai réussi à allumer un sauna de professionnel hier. Quelle joie et quel plaisir de ressentir le contraste entre la vapeur brûlante et les bassines d’eau gelée que je me fais ruisseler successivement sur le corps. Je suis resté assis comme ça, sans vêtements dans le vent frais de la fin de journée, à contempler le soleil du nord qui semble ne jamais vouloir se coucher. Premier feu de cheminée ce soir, diner spectacle devant le paysage : ça fait du bien. Encore un peu d’efforts et j’arriverai à vider mon esprit.

Day 3
SAUNA PERKELE (*Sauna Hell yeah ! In Finnish) ! I managed to fire up a sauna like a professional sauna player yesterday. What a joy and pleasure it is to experience the contrast between the scalding steam and the basins of frozen water that I pour over my body one after the other. I sat like that, without any clothes on in the cool wind at the end of the day, contemplating the northern sun that never seems to want to set. First fire this evening, dinner in front of the landscape: it feels good. A bit more effort and I’ll be able to clear my mind.

Jour 4
Il y a plusieurs espèces d’oiseaux qui veillent sur l’île : des petites mouettes fines et élégantes au bec jaune et allongé, il y a aussi un genre de cygne de mer et des canards sauvages qui volent en groupe de deux. Je pense que tout ce petit monde a dû partouzer ensemble à un moment ou un autre car une dernière variété, savant mélange des trois vit également dans le coin. Corps blanc, tête noire et bec jaune, ils ont la queue fendue des hirondelles et volent au raz de l’eau pour y prendre des poissons. Ce sont mes préférés. Petite balade sur le nord est de l’île après le déjeuner. Café dans le thermos, allongé sur un ponton de bois gris sur lequel je suis tombé par hasard, je rêvasse en regardant les nuages défiler dans le ciel. Je me suis mis sur le projet avant-hier et il avance bien. Grosse interrogation du jour sur les lettres J, Й Ž et Ж. J’allume cheminée et sauna en même temps ce soir, (tu crois on joue nous ?) je me fais une petite soupe réconfortante avant de me rendre au sommet de ce qui semble être le rocher de la 4G pour appeler Marine (madame). Fin de journée, je sombre dans le lit, ramolli par la chaleur de la baraque.

Day 4
There are several species of birds that watch over the island: small and slender elegant seagulls with elongated yellow beaks; what I think is a type of sea swan and wild ducks that fly in groups of two. I think all these little world had orgy together, at one time or another because a final variety, a clever mix of the three, also lives in the area. With white bodies, black heads and yellow beaks, they have the split tail of swallows and fly close to the water to catch fish. They’re my favorite. After lunch, I had a short walk to the north-east of the island. Coffee in thermos jug, stretched out on a grey wooden pontoon I spotted randomly, I daydream watching the clouds roll across the sky. I started to work on the project the day before yesterday and it’s going well. Big question of the day is about the letters J, Й Ž et Ж. I turn on the fireplace and sauna at the same time this evening (do you think we’re playing?) I make myself a little comforting soup before heading to the top of what seems to be the 4G rock to call Marine (madam). At the end of the day, I sink into bed, softened by the heat of the hut.

Jour 5
Le vent a balayé les nuages ce matin. Un peu de soleil, ça fait plaisir. J’allume la radio pour écouter la musicalité du phrasé local : le suédois. Åland est rattachée à la Finlande mais clame son indépendance, parle une langue différente que sur son «continent» d’attache, Åland pêche, Åland chasse. Remplace les phoques par les sangliers et c’est la Corse. Malgré le beau temps il souffle un vent à décourager un parisien d’aller à Malmousque. Les bourrasques ont dû amener un peu de réseau avec elles car je reçois un message vocal d’Arnaud qui, après avoir vu quelques images de l’île me lance à travers le téléphone – «Ha ouais putain mais t’es sur l’île de la mouette en fait, gros» ! Aujourd’hui j’ai bien avancé sur une partie de mon travail assez délicate, complexe, précise, bref, reloue. Je dégaine mon compact en fin de journée et profite que le vent se soit calmé pour faire quelques photos.

Day 5
The wind blew the clouds away this morning. It’s nice to have a bit of sunshine. I turn on the radio to listen to the musicality of the local phrasing: Swedish. Åland is part of Finland but proclaims its independence, speaks a different language to its ‘mainland’, Åland fishes, Åland hunts. Replace the seals with wild boar and it’s Corsica. Despite the fine weather, the wind is so strong. It would have discouraged a Parisian from going to Malmousque. The gusts must have brought a bit of network with them because I get a voice message from Arnaud who, after seeing a few images of the island, says to me over the phone – ‘Oh yeah, but you’re actually on the island of the seagull, fatso’! Today I made good progress on a part of my work that’s rather delicate, complex, precise, in short, annoying. I took out my compact camera at the end of the day and took advantage of the calmer wind to take a few photos.

Jour 6
Hier soir j’ai vraiment eu chaud ! Gros coup de stress : mon ordinateur a décidé de péter les plombs tout seul comme un grand. J’ai bien passé 2h30 à essayer de le rallumer en vain. Sans ordi : pas de projet. Et vu où je me trouve, je doute que le caillou flottant d’à côté abrite un magasin d’assistance informatique ; ou encore que le Stig me sorte un programme de réparation du fond de sa cabane à outils. Heureusement, avec SOS Marine au téléphone et le support d’ASUS récupéré en position danseuse étoile en haut du mont 4G, j’ai réussi à réanimer la bête. Cool. Aujourd’hui pas de vent, grand soleil. Stig est passé rapidement sur l’île ce matin me dire que c’était enfin «l’été». Je serais pas allé jusque-là mais j’ai tombé la doudoune et c’est déjà un bon début. Y’a pas à dire, sortir du sauna, nu et fumant et regarder le soleil essayer de se coucher interminablement, ça va marquer mon esprit pour un bon moment. Une espèce d’oiseau vient de se rajouter à ma collection. J’ai vu un énorme hibou décoller du dessous du toit de la petite maison en bois à 150 mètres de là ou je crèche. Je suis ravi, c’est le boss de l’île. Ça me fait du bien de le savoir là.

Day 6
Last night was really hot! Big stress: my computer decided to go berserk all by itself. I spent 2 hours and 30 minutes trying to turn it back on. No computer: no project. And given where I am, I doubt that the floating rock next to me is home to a computer support shop; or even that the Stig is going to come up with a repair program from the depths of his tool shed. Fortunately, with SOS Marine on the phone and ASUS support picked up from the star-dancing position at the top of Mount 4G, I’ve managed to revive the beast. Cool. Today there was no wind and plenty of sunshine. Stig dropped by the island this morning to tell me that it was finally ‘summer’. I wouldn’t have gone that far, but I’ve taken off the down jacket and that’s a good start. There’s no denying it, coming out of the sauna, naked and smoking and watching the sun trying to set endlessly, that’s going to stay with me for a long time. A new bird has just been added to my collection. I saw a huge owl take off from under the roof of the little wooden house 150 metres from where I’m staying. I’m delighted, it’s the boss of the island. It’s good to know he’s there.

Jour 7
Ça sent les chaussettes ! Nan j’déconne. Aujourd’hui c’est dimanche, j’avais prévu d’en faire le moins possible mais je suis bien plongé dans mon projet alors j’avance. Le seul truc qui risque de me tomber dessus c’est de me lancer dans une sorte de tarte à midi… En effet, j’ai pas ouvert un bouquin ni regardé un film et j’ai bombardé toute la journée ! Je vais tenter de me rattraper ce soir.

Day 7
It smells like socks! (Actually the joke doesn’t works so well in English, anyway). Just kidding. Today’s Sunday, so I’d planned to do as little as possible, but I’m really immersed in my project so I’m getting on with it. The only thing that’s likely to happen to me is that I’ll start making some sort of pie at lunchtime… I haven’t opened a book or watched a film and I’ve been busy working all day! I’m going to try and make up for it tonight.

Jour 8
Début de la deuxième semaine sous le soleil. Je ne peux m’empêcher de lever les yeux vers ces petits oiseaux hybrides, canards hirondelles ou mouettes. Ils ont l’air de planer, immobiles dans le ciel silencieux. Le vent est complètement tombé comme l’indique le fanion emblématique de Kökar que Stig (aucune idée d’où il est celui-là) a hissé sur un mat près du ponton d’amarrage. Il porte les couleurs d’Åland, le jaune, le rouge et le bleu, ainsi qu’un poisson un peu débile à la crête rouge. Je crois que je ne me lasserai jamais de siester sous le soleil printanier du golfe de Botnie. J’ai vu mon premier serpent depuis mon arrivée et un couple de petits oiseaux est venu me rendre visite en faisant deux petits tours dans ma cahute. En écoutant la musique des insectes, je songe au barouf qui doit régner dans les villes loin d’ici et pourquoi on s’y entasse. Je décide d’aller tenter une baignade, enjoué par les 15 degrés de soleil qui ont su chauffer ma sieste. Sur la route je trouve un squelette de serpent à même la roche. Je n’en avais jamais vu auparavant, il me fait penser à un bijoux délicat. Aussi je le laisse sur place : dans son écrin. L’eau de ma baignade est transparente mais glaciale. Je me laisse dorer nu quelques instants sur un ponton en bois gris. Retour à la cabane, où je fais chauffer un sauna plutôt téméraire qui monte à 80 degrés à sec. Oui, je crois que c’est à cette température que cuit le pulled pork. Ce soir le coucher de soleil embrase le ciel à perte de vue. Je songe à la terre qui tourne face au soleil sur le plan de l’écliptique et aussitôt mes pensées se perdent dans les couleurs pâles de la stratosphère.

Day 8
The second week begins in sunshine. I can’t stop looking up at these little hybrid birds, swallow ducks or seagulls. They seem to be hovering, motionless in the silent sky. The wind has died down completely, as indicated by the emblematic Kökar flag that Stig (no idea where this one is) has hoisted on a mast near the mooring pontoon. It shows Åland’s colors, yellow, red and blue, and a silly fish with a red crest. I don’t think I’ll get tired of napping in the spring sunshine of the Gulf of Bothnia. I saw my first snake since my arrival and a couple of small birds came to visit me, making two little rounds in my hut. As I listen to the music of the insects, I think about the hustle and bustle of cities far from here and why people crowd into them. I decide to go for a swim, cheered by the 15 degrees of sunshine that have warmed my nap. On the road I find a snake skeleton in the rock. I’d never seen one before, and it reminded me of a delicate piece of jewelery. So I leave it where it is: in its jewelery box. My bathing water is transparent but icy cold. I let myself bask naked for a few moments on a gray wooden pontoon. Back to the hut, where I heat up a rather adventurous sauna to a dry 80 degrees. Yes, I think that’s the temperature at pulled pork is cooked. Tonight the sunset sets the sky on fire as far as the eye can see. I think of the earth turning in front of the sun on the plane of the ecliptic, and immediately my thoughts are lost in the pale colours of the stratosphere.

Jour 9
Mon pote Carl à une théorie assez intéressante : Il y a trop d’êtres humais sur terre et si le covid avait mieux fait le ménage, nous en aurions tiré les bénéfices. Encore faudrait-il faire partie de la minorité survivante. Quelque part, il n’a pas tort. Exilé sur une île que la population locale d’Åland appelle volontiers «The end of the world», laquelle possède un magnifique mais fragile écosystème ; je retrouve échoué sur le rivage des bouteilles en plastique, flacons de savons et autres absurdités créées de la main de l’homme. Premier coup de mou du trip en début d’après midi. J’écrase une bonne heure sur le matelas et lis un peu avant de me remettre au travail. Je me fais fort chauffer le crâne sur la mise en page de mon ouvrage. Et peu avant 19h, comme j’en ai vraiment marre, je sors me jeter dans la lumière de fin de journée dont le pouvoir transforme l’ombre des rochers en montagnes. Ce soir j’arrive à combiner dîner et sauna. Je mange dans la casserole comme un étudiant pour être sur de ne pas louper le spectacle crépusculaire auquel j’ai assisté la veille.

Day 9
My mate Carl has a rather interesting theory: There are too many human beings on earth and if the covid had done a better job of cleaning up, we would have benefited. But you’d still have to be part of the surviving minority. On the one hand, he has a point. Exiled on an island that the local population of Åland likes to call ‘The end of the world’, which has a magnificent but fragile ecosystem, I found plastic bottles, soap bottles and other absurdities created by the hand of man lying on the shore. The first weak moment of the trip came in the early afternoon. I spent a good hour on the mattress and did a bit of reading before getting back to work. I put a lot of thought into the layout of my book. And just before 7pm, as I’m really fed up, I go out to take a dip in the light at the end of the day, the power of which transforms the shadows of the rocks into mountains. This evening I manage to combine dinner and a sauna. I eat from the pan like a student to make sure I don’t miss the twilight show I witnessed the day before.

Jour 10
Ce matin je fais le point sur ce qui me reste de rations. J’espère croiser le Stig pour qu’il m’emmène faire deux courses à Kökar, car c’est pas avec le poireau et le demi paquet de riz qu’il me reste que je vais faire des étincelles. Petite bouffée d’air et de civilisation : j’ai fait un bref tour d’un des villages de Kökar, fait de maisons en bois peintes en rouge. On est loin de la marée humaine mais les trois mots échangés avec le caissier et le mec du bureau de poste font du bien. Comme j’ai déjà perdu le Stig à la sortie de l’épicerie (où j’ai été accueilli au tarif insulaire), un mec, moustache épaisse, casquette, débardeur, assis sur son pick-up devant le shop me lance : «If you’re looking for Stig, he went back to the boat». Je remarque quelques garages à bateaux dont je trouve le système plutôt cool. Même fonctionnement qu’un garage standard, mais avancé sur la berge, de l’eau à la place du sol, et toujours ce style : planches peintes en rouge ou bordeaux. Après deux photos argentiques dont une ratée, mon guide pressé par le temps me raccompagne à ma solitude. Ce soir j’ai eu la chance de contempler un ciel magnifique, épuisé je n’ai plus de mots pour le décrire. Pendant un instant j’étais vraiment seul au monde.

Day 10
This morning I take stock of my remaining rations. I’m hoping to bump into the Stig and get him to take me on a couple of shopping trips to Kökar, because I’m not going to make any fancy stuffs with the leek and half a packet of rice I’ve got left. A little breath of fresh air and civilization: I took a brief tour of one of Kökar’s villages, made up of red-painted wooden houses. It’s definitely not the human tide, but the three words I exchanged with the cashier and the guy at the post office felt good. As I’d already lost the Stig outside the grocery shop (where I was welcomed at island prices), a guy with a thick mustache, cap and tank top, sitting on his pick-up outside the shop, says to me: « If you’re looking for Stig, he went back to the boat ». I noticed a few boat garages and thought the system was pretty cool. They work in the same way as a standard garage, but they’re set back on the bank, with water instead of a floor, and still in the same style: planks painted red or burgundy. After two silver photos, one of which failed, my time-pressed guide took me back to my solitude. Tonight I had the chance to contemplate a magnificent sky, exhausted I have no words to describe it. For a moment I was truly alone in the world.

Jour 11
Sortir du boulot, passer dire au revoir à tous ses collègues avant de se diriger vers le bar rejoindre des amis. Prendre la voiture, embarquer trois potes et rouler jusqu’à Barcelone pour en rejoindre d’autres et passer le week-end. Dimanche midi, le repas interminable en famille se termine par café, discussions et film dans le salon. Rencontrer quelqu’un, faire 14 gosses, les voir grandir et se faire des potes qui viendront tous veiller à la maison le vendredi soir… L’être humain est un animal social en effet ; et je crois que je commence à en avoir ras le cul d’être tout seul. Ça tombe bien : mon départ est prévu pour demain. Grande balade d’après-midi où j’ai réussi à atteindre une partie de l’île que je n’avais pas encore explorée. Des petits oiseaux ont construit leur nid dans la toiture sur le pas de la porte. Je les entends gazouiller en fin de journée : ils reprennent leurs droits et étendent leurs horizons. Je m’allume ce qui sera l’ultime sauna de mon séjour et j’ai bien prévu de suer un coup. Comme c’est mon dernier soir, je fais un feu digne de ce nom dans la cheminée. La chaleur envahit toute la pièce.

Day 11

Get off work, say goodbye to all your colleagues before heading to the bar to meet some friends. Get in the car, grab three mates and drive to Barcelona to meet up with others for the weekend. Sunday, the interminable family lunch ends with coffee, chat and a film in the living room. Meet someone, have 14 kids, watch them grow up and make friends who will all come to stay at the house on Friday night… Human beings are indeed social animals, and I think I’m starting to get fed up with being alone. Good news: I’m leaving tomorrow. I went for a long afternoon walk and managed to reach a part of the island I hadn’t explored yet. Little birds have built their nests in the roof on the doorstep. I can hear them twittering at the end of the day: they are regaining their rights and expanding their horizons. I light up what will be the last sauna of my stay and I’m planning to work up a good sweat. As it’s my last evening, I build a proper fire in the fireplace. The heat fills the whole room.

Jour 12
Dernier réveil sur Källskar, aucun vent, l’île est extrêmement paisible si on met de côté la grosse mouche dont le bruit me fait péter un câble depuis 7h30. En regardant plus attentivement la carte des lieux, je me rends compte que l’équivalent suédois de «chemin» est «stig». Merci Stig. Après manger je m’endors en position fœtale au creux d’un rocher comme pour saluer le bout de terre qui m’a accueilli ces derniers jours. Le temps est magnifique et le ciel tellement dégagé que je découvre au loin de nouvelles îles qui balafrent l’horizon. Le temps de plier bagage et Stig me mène à Kökar, plus précisément à Karlby où la pinte que je savoure après deux semaines de sobriété méditative fait du bien en plus de me mettre en l’air. Juste un dernier coup d’œil à mon île sur laquelle les timides bourgeons sont maintenant de jeunes feuilles. Petite balade dans le village de Karlby ou je suis venu faire deux courses quelques jours plus tôt. Le soleil qui descend plonge le décor dans l’or, les rayons s’immiscent à travers les pousses de blé, le roseau et les arbres. Le serveur du bar me propose de me poser au port. On fait un crochet par une magnifique église avec vue dégagée sur le lointain. Successivement les couleurs s’empilent comme des néons sur la ligne d’horizon. En quelques heures, je monte dans un premier bateau, puis un second, le temps du contrôle de douane auquel j’ai droit à chaque fois que je voyage (mais toujours sans succès pour les robocops), et je suis dans le train direction Tampere, direction les cimes lointaines des immenses conifères et les lacs transparents qui s’effritent à l’infini au cœur de la Finlande.

Day 12
This is the last time I wake up on Källskar, there’s no wind and the island is extremely peaceful, apart from the big fly whose noise has been driving me crazy since 7.30am. Looking more closely at the map of the area, I realize that the Swedish equivalent of ‘path’ is ‘stig’. Thank you Stig. After lunch I fall asleep in the fetal position in the hollow of a rock, as if to salute the piece of land that has welcomed me these last few days. The weather is magnificent and the sky so clear that I discover new islands in the distance that scar the horizon. Time to pack up and Stig takes me to Kökar, or more precisely Karlby, where the pint I’m enjoying after two weeks of meditative sobriety is not only good for me, but also turns me drunk. Just one last look at my island, where the timid buds are now young leaves. I take a stroll through the village of Karlby, where I did a bit of shopping a few days ago. The sun is beaming down, casting a golden glow through the wheat shoots, reeds and trees. The waiter at the bar suggests offers to drop me at the harbour. We make a detour to a magnificent church with an unobstructed view of the distance. The colors pile up like neon lights on the horizon. In just a few hours, I’m on my first boat, then a second, just in time for the customs check I’m used to every time I travel (but always without success for the robocops), and I’m on the train to Tampere, heading for the distant peaks of the immense conifers and the transparent lakes that crumble endlessly in the heart of Finland.

Épilogue
« Vous n’allez pas le croire : ce petit village japonais est une vrai merveille, il n’y a pas grand monde dans les rues et le petit restaurant pour les locaux n’est vraiment pas cher ! Je vous mets comment s’y rendre en lien dans ma bio 😉 » 150K vues. « Cette petite grand mère fait des sandwiches à moins de 3€ au cœur du quartier de Belsunce à Marseille, elle n’a pas d’enseigne et cuisine pour les gens de son quartier… Hummmm c’est trop bon ! Je vous mets l’adresse en lien dans ma bio » 136K vues.  » Ce petit chemin de randonné est un bijou de ta région et tu n’étais même pas ou courant ? Je vous mets comment s’y rendre en bio 😉 » 220K vues.

Je serais dur.
Dans la course effrénée de la notoriété, les influenceurs et internet de manière général contribuent à la destruction d’espaces encore intactes. Une simple vidéo peut affecter des lieux et des vies, dans leur système économique, dans leur faune, leur flore, dans le train de vie des gens qui y vivent. Bien sûr je voyage aussi, beaucoup même et peut-être qu’à ma manière, j’alimente le problème.
Mon conseil de voyage se tient alors au creux d’un carnet, où les idées naissent, inspirées par les îles vers lesquelles je navigue, par les langues que j’écoute, les routes que j’arpente et les ciels qui me saluent.
J’espère ne jamais donner raison à mon pote Carl et que l’humain n’est pas un parasite qui gangrène la croûte terrestre. Je finirais par ces quelques mots : rencontrons nous au delà des frontières, mais coûte que coûte, préservons les jardins trouvés sur place.

Epilogue
« You won’t believe it: this little Japanese village is a real wonder, there aren’t many people in the streets and the little restaurant for the locals is really cheap! I’ve put a link to how to get there in my bio 😉 » 150K views. « This little grandmother makes sandwiches for under €3 in the heart of Marseille’s Belsunce district. She doesn’t have a shop and cooks for the locals… Hummmm, it’s so good! I’ll link you to the address in my bio » 136K views. « This little footpath is a jewel in your region and you weren’t even aware of it? I’ll give you the directions in my bio 😉 » 220K views.

I’d be tough.
In their race for fame, influencers and the internet in general are contributing to the destruction of unspoilt areas. A simple video can affect places and lives, in their economic system, in their fauna and flora, in the lifestyle of the people who live there. Of course I also travel, a lot in fact, and perhaps in my own way I’m contributing to the problem.
So my travel advice takes place in the depths of a notebook, where ideas are born, inspired by the islands I sail to, the languages I listen to, the roads I travel and the skies that greet me.
I hope I’ll never prove my friend Carl right, and that humans are not a parasite eating away at the earth’s crust. I’ll end with these few words: let’s meet across borders, but whatever the cost, let’s preserve the gardens we find there.

Ateliers Rouvrir le Monde Association p@je

N’terichai, tchêpo, respect, sabaari, rigoler.

Voilà comment les jeunes de la MECS de la Maison Nôtre Dame (association P@je) se définissent lors d’un exercice d’écriture convoquant lexique et personnalité.
La langue maternelle dans le sac de voyage, des images plein la tête et des histoires à raconter, nous avons passé une semaine ensemble, dans les hauteurs de Carros Village pour vivre un atelier autour de l’identité et du langage, deux entités qui correspondent sans cesse. Des langues rencontrées lors de leur périple aux langues qui les ont construit… Nous avons interrogé l’évolution et l’effet de ces dernières dans l’esprit et le cœur.

Au cours d’un exercice et pour apprendre à se connaître, Les jeunes transforment leur prénom en mots du quotidien. Peu importe la langue, l’idée c’est de transmettre une émotion, un sentiment, qu’il soit en bambara, en peulh, en wolof, ou en français.
Micro en main, kiffeurs de rap pour certains, chanteurs confirmés pour d’autres, ils finissent par discuter entre eux des mots et leur sens :

Moussa, Aboubakar…

Kpèllé
Malinké
Kissi
Russe
Italien
Anglais
Espagnol
Wolof
Lingala
Français
Peulh
Arabe
Bambara
Pachto

Il y a tant de langues que de manières de décrire le monde chez ces jeunes, et tous les modes d’expression possibles étaient interpellés lors de l’atelier.
Plus tard nous avons travaillé sur la forme de l’écriture en composant des textes aux langues plurielles. Présentés en fin d’atelier comme des dessins, ces longs cadavres exquis linguistiques ont permis à des langues qui s’ignorent de cohabiter sur la même page. L’espagnol, l’arabe le pachto et l’italien dansaient alors main dans la main sur l’A4 perforé.

Voici quelques enregistrement audio de ces jeux d’écriture multi-langage :

Parfois, pour expliquer le contexte une traduction s’impose. Mohammed qui parle l’italien et le malinké nous explique les différentes « manières de dire » en traduisant le tout en français.

Puis individuellement, tout le monde s’est mis à raconter des choses plus personnelles. Laurent, bien plus fan de basket que de foot ; très concentré par ce qu’il est en train de produire, régale alors toute l’assistance de son nouveau texte : Une famille de mots.

Laurent, Moussa

C’est sur la voix de Yaya que l’atelier s’achève en faisant danser tout le monde dans le son de cigales et la densité de la chaleur estivale. Merci infiniment à l’association P@je ainsi qu’aux éducateurs de la maison Notre-Dame de Carros village de m’avoir accueilli et permis de mener à bien cet atelier ; merci à l’association Imagé clé pour son intégration au programme rouvrir le monde. Merci à la Drac PACA ainsi qu’à toutes les incroyables jeunes personnes que j’ai pu rencontrer lors de cet atelier.


La suite, c’est la création d’une série d’œuvres inspirées de la célèbre Pierre de Rosette avec une finalité de projet sculptural : une série de stèles en ciment comportant les textes-dessins des jeunes gravés au laser. La série serait présentée lors d’une exposition dans le centre d’accueil, agrémentée d’une série d’enregistrements effectués lors des ateliers en amont. Une partie en accord avec le centre y seraient exposés de manière permanente.
La Pierre de Rosette est un puissant symbole de traduction et de rencontre entre les peuples. Les sculptures laissées à la maison Notre-Dame témoigneraient de ces moments passés ensemble, tout en mettant à l’honneur l’échange des langues et la découverte de mots comme des trésors migratoires.
Modélisés en 3D par Julien Robinson, voici à quoi ces pièces devront ressembler :

Pour en savoir plus, Sophie Brignoli nous présente dans l’enregistrement qui suit la Maison Notre-Dame située à Carros Village.

MERCI !

Ateliers Kunstikool

En résidence à NART, (Narva – Estonie), j’ai été convié à réaliser plusieurs ateliers et interactions avec les populations locales. La Kunstikool (Ecole de dessin de Narva) m’a donc invité pour réaliser une peinture murale sur leur murs ainsi qu’un workshop de création d’alphabet avec les édudiants.

Alphabet workshop + création des étudiants.

Rouvrir le monde

Les jeunes du centre social de frais vallon rencontrent les techniques d’impression telles que la sérigraphie et la gravure, Partant d’une réflexion sur l’écriture et les images du quotidien, les jeunes ont réinventé les maillots de football à leur manière, y apportant leurs couleurs et leur propre idée du graphisme.

La suite de l’atelier était alors limpide : combiner match de foot et approche de la photographie en extérieur.

Intervention au centre social Saint Gabriel

Pour les vacances scolaires j’ai participé à l’aide de mon atelier de sérigraphie mobile à un atelier de confection de costumes de chevaliers organisé par Pierre Combelles au centre social Saint Gabriel. L’idée était de fabriquer des armes et armures en carton ainsi que d’imprimer des plastrons, drapeaux et autres tuniques dans le but de réaliser une rixe chorégraphiée par les jeunes du centre. Retour en images.

Résidence à Thalassanté

Réalisation d’un fresque mêlant Cyrrilatin et pavillons de communications maritimes lors de ma résidence en septembre à Thalassanté au port de l’Estaque. Les extraits de textes représentés de Baudelaire et Poushkine racontent la vision de l’Homme qui fait face au puissant élément qu’est la mer. Les drapeaux représentés en à-plat colorés, questionnent quant à eux les techniques de communication entre bateaux.