










Je vais essayer de ne pas être beauf.
Je vais essayer de ne pas être beauf, parce que pendant que j’écris ces lignes, des êtres humains manquent de nourriture, d’eau ou d’un toit ; et que le ciel de leurs nuits est consumé par le nuage ocre de la guerre.
Non, Je vais essayer de ne pas être beauf, car pendant ce temps, moi, j’écris un texte sur ma bagnole qui va partir pour la casse, que ça me fait de la peine, mais qu’au fond, ce n’est pas très grave.
En 2021 j’achète une voiture, une Citroën Saxo édition BIC (qu’on nommera ici «la BIC»), comme ça, un peu sur un coup de tête, un peu pour aller voir ailleurs si j’y suis. Apparemment, ce modèle de véhicule aurait été nommé comme cas d’école en études de commerce, comme la plus mauvaise collaboration entre deux marques.
Quelle chance ; je n’ai jamais eu la moindre envie d’apprendre ou de faire du commerce.
Je ne pensais pas alors, fumer le bitume des routes de ce monde sur autant de kilomètres à bord de ce pot de yaourt. Une citadine, moteur 1L1 : mon palace de ferraille grinçante, qui vaut bien tous vos SUVs de sénateurs, parce qu’on n’en a rien à carrer de la clim et de vos options, parce que tout ce qu’on veut, c’est rouler sur des départementales, dormir dans les champs, au bord des rivières, et oublier un peu les merdes du quotidien en tirant le frein à main dans des décors qui ne sont pas les nôtres…
Extrait : REST IN BIC (fanzine)
Images : Les Bonnes Manières https://www.instagram.com/lesbonnesmanieres_officiel_/

De part et d’autre de la Narva, les mecs en rang d’oignon se braillent en russe des formules d’usage. Mêmes vêtements ternes, mêmes bottes, mêmes joues rougies par le baiser froid du nord ; cannes entre les mains, ils attendent le même poisson.
Les frontières séparent des jumeaux par des traits insipides. Quand elles prennent la forme de murs, le vent nous rappelle qu’elles sont des leurres ; mais quand elles sont invisibles, on se demande où se trouve le bout de grillage qui empêche les âmes de se rejoindre.
Les gars de chaque côté de la rivière ont l’air d’être des habitués de ce rendez-vous sur les bords de leurs pays. L’un d’entre eux fait une prise :
– Xaxa ! молодец !
Il est 8h30, le cours d’eau glaciale qui sépare l’Estonie de la Russie n’a pas su faire barrage à la langue des pêcheurs du matin.
По обе стороны Нарвы ребята строятся в ровные шеренги, выкрикивая друг другу привычные фразы на русском языке. Одна и та же серая одежда, те же самые ботинки, те же щеки, покрасневшие на морозе удочки в руках в ожидании одной и той же рыбы.
Границы разделяют близнецов бесцветными линиями. Когда они принимают форму стен, ветер напоминает нам, что это фальш; но когда они невидимы, мы задаемся вопросом — где тот кусок проволочной сетки, которая мешает душам соединиться?
Люди (here i would put it just more neutral ‘People’) по обе стороны реки, кажется, завсегдатаи этих встреч на окраинах своих стран. Один из них хватает рыбу:
– Xaxa ! молодец !
На часах 8.30, и ледяная река, отделяющая Эстонию от России, не является преградой для языка утренних рыбаков.


Les mots sont des voyageurs immortels, Слова- это бессмертные спутники, cachés dans vos livres ou sous vos langues, спрятанные в ваших книгах и языках, ils n’attendent qu’à surgir pour habiter un autre être, Они выжидают, когда можно будет заселить другое существо un autre espace, другое пространство, ou un autre temps, другое время.
Words are immortal travellers, hidden in your books or under your tongues, just waiting to emerge to inhabit another being, another space or another time.

Ce soir je lis un livre dont les pages sont encore reliées par le haut. Я читаю с ножом в руке,чтобы я смог отделить от себя. Chaque coup de lame libère la force des mots qui se cachaient là, чем больше я режу тем больше книга открывает мне свои секреты. Сегодня вечером я читаю книгу ее страницы все ещё связаны вверху. Je lis avec un cran d’arrêt repliable dans la main afin de pouvoir séparer les pages, siamoises. каждое движение лезвия освобождает магию слов, et plus je coupe le livre, plus il m’offre tous ses secrets.
Tonight I’m reading a book whose pages are still bound at the top. I read with a knife in my hand so that I can separate the pages. Each stroke of the blade releases the power of the words that were hiding there, and the more I cut the book, the more it offers me all its secrets.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé écrire. Mes dessins d’enfants étaient des lettres majuscules reliées par des fils maladroits qui exprimaient le désir d’écrire en attaché avant l’heure. Je ne me rappelle pas de ma chambre, ni de mes jouets. Je ne me rappelle pas de l’âge que j’avais, ni du nom de la rue dans laquelle nous habitions. Mais je me rappelle de ça.
For as long as I can remember, I’ve loved writing. My childhood drawings were capital letters bound together by clumsy threads, expressing my desire to write in attaché before its time. I don’t remember my room, or my toys. I don’t remember how old I was, or the name of the street we lived in. But I do remember this.


Each place has its own story, but some stories are more exciting than others. The story of this building is particulary colorful. It was built in 1893 by the architect Pavel Alish to become a villa for director of kreenholm manufactory. Later it houses various military forces, a school, a cultural center, a cinema, Amelie Kreisberg’s Children’s club, the local library etc. But now it is a cosy home for artists from all over the world. Welcome !

There is no God, Only chef remains.


Jos ei viina, terva tai sauna auta, tauti on kuolemaski.
If liquor, tar and sauna won’t help, an illness is fatal.



любов ушла.
Love is gone.













